Pas avant le 1er janvier 1927
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Manifestations antisoviétiques dans les campagnes
Groupes de koulaks
En décembre, on a enregistré, dans 42 provinces et régions de l'URSS, 84 groupes organisés de koulaks (contre 25 le mois dernier). La répartition géographique est la suivante : région Centre : 13 ; Nord-Caucase : 24 ; Sibérie : 15 ; Nord-Ouest : 6 ; Ouest : 3 ; Ukraine : 18 ; région de la Volga : 4 ; Oural : 4 ; Extrême-Orient soviétique : 7.
Groupes de koulaks actifs lors des élections aux coopératives
Un grand nombre des groupes repérés et enregistrés (37) se sont montrés actifs lors des élections aux coopératives. Ces groupes sont souvent dirigés par des éléments antisoviétiques et par des « ex ». On note une forte organisation des koulaks, une préparation minutieuse des koulaks dans la période préélectorale, de nombreuses tentatives de sabotage, ou, au contraire, d'allongement des réunions, des tournées préélectorales bien organisées, des promesses électorales, des tentatives de soudoyer les membres des coopératives avec de l'alcool – telles sont les principales méthodes de lutte des groupes de koulaks [...].
Groupes de koulaks menant une campagne préparatoire aux élections des soviets ruraux
Il existe, par ailleurs, des groupes koulaks et antisoviétiques organisés, ayant pour but de préparer une stratégie pour les prochaines élections des soviets ruraux. Nous avons repéré, pour le mois dernier, pas moins de 14 groupes de ce type. Ces groupes organisent leurs propres réunions, élaborent une liste de candidats et mènent une propagande préélectorale active. Dans le bourg Gavrilovskoie (province de Riazan) un groupe d'ex-commerçants mène une campagne active contre l'élection de communistes au soviet rural ; le leader de ce groupe va en tournée dans les villages avoisinants, en se présentant comme candidat. À Ouryvoïe (district Kamenskii), la commission électorale a privé du droit de vote 42 personnes ; furieux, les paysans les plus aisés ont créé leur propre groupe, dont le but est de s'opposer aux paysans pauvres lors des élections. À la fin du mois de décembre, ce groupe a organisé une réunion illégale où il a été question d'empêcher les candidatures des paysans pauvres et des membres du Parti au soviet rural.
On note souvent la présence d'éléments ouvertement antisoviétiques dans ces groupes. Ainsi, à Ababourovo (province de Kostroma) le groupe koulak est dirigé par un ancien policier tsariste qui tente de prendre la présidence du soviet rural. À Ossobin (province de Gomel) c'est un chef de bande qui préside le groupe koulak. Les représentants des koulaks et des paysans aisés entrés dans les soviets gangrénés sont très actifs dans la préparation des élections et font souvent partie des groupes koulak illégaux. Ainsi, à Lianozovo (province de Moscou), le président du soviet rural a organisé une réunion fermée à laquelle n'assistaient que cinq individus nettement antisoviétiques. Au cours de cette réunion, ils ont élaboré une liste de candidats pour le futur soviet rural. Ce même président de soviet a convoqué, de sa propre initiative, une réunion au cours de laquelle il a proposé aux membres du soviet de rétablir dans leurs droits électoraux un ancien marchand de thé et un ancien propriétaire de typographie ; les personnes présentes à cette réunion ont décidé de ne plus priver qui que ce soit du droit de vote.
Autres groupes de koulaks et d'éléments antisoviétiques
Parmi les autres 33 groupes de koulaks récemment repérés par nos services, et dont l'activité vise à empêcher le remembrement, saboter la campagne fiscale et d'autres mesures prises par le gouvernement soviétique, discréditer les membres du Parti et du komsomol, on citera ce groupe de la province de Saratov, composé notamment de participants du soulèvement paysan de 1918 et de participants des troubles agraires de 1905. Ces gens réclament ouvertement la création d'unions paysannes. Ce groupe a des ramifications dans plusieurs villages [...].
Demandes de création d'unions paysannes
Nombre et caractéristiques des demandes de création d'unions paysannes
Au mois de décembre, on a noté une forte croissance du nombre d'interventions et de demandes en faveur de la création d'unions paysannes (on a enregistré 207 nouveaux cas contre 149 en novembre). On note une croissance très forte en Ukraine (71 nouveaux cas contre 50 en novembre), dans la région de la Volga (27 nouveaux cas contre 6 en novembre), et dans l'Extrême-Orient soviétique (14 nouveaux cas contre 2 en novembre). Parmi les autres régions, on citera : la région Centre (51 nouveaux cas, dont 26 pour la seule province de Moscou), le Nord-Caucase (30 nouveaux cas). La croissance du nombre d'interventions enregistrées s'explique en partie par le grand nombre de réunions et conférences diverses (au cours de celles-ci, on a enregistré 96 demandes de création d'unions paysannes). Des 221 intervenants dont on a pu repérer l'origine sociale, 175 étaient des paysans (59 koulaks et aisés, 41 paysans moyens, 14 paysans pauvres — pour 61 intervenants nos services n'ont pas pu établir l'origine sociale exacte). Le pourcentage des éléments antisoviétiques parmi les intervenants est très faible (9 %). Dans deux cas seulement, la demande de création d'unions paysannes émanait de groupes koulak constitués (province de Saratov, région du Kouban). Le mouvement en faveur des unions paysannes est donc largement spontané.
Les objectifs annoncés pour ces unions paysannes étaient les suivants : dans 90 cas, assurer une régulation des prix ; dans 11 cas, défendre les paysans contre la pression fiscale ; dans 19 cas, constituer une sorte de « syndicat paysan ». Dans les autres cas, les buts et les objectifs des unions paysannes demandées n'étaient pas précisés et les interventions, parfois sous forme de simples questions, tournaient autour de la question de la défense des intérêts de la paysannerie et de l'amélioration de sa situation économique en général.
Demandes d'unions paysannes ayant un caractère antisoviétique
Le nombre d'interventions en faveur d'unions paysannes ayant un caractère antisoviétique avéré reste, comme par le passé, insignifiant (24 faits notés). On citera comme exemple de ce type d'intervention celle d'un paysan moyen de la province de Voronej réclamant une « organisation paysanne pour contrer l'influence du parti communiste ouvrier ». Dans la province de Pskov, un paysan aisé a dit : « Il nous faut nous organiser en union paysanne russe pour mettre au pouvoir de vrais Russes, car aujourd'hui ce sont les non-Russes qui font tout ce qu'ils veulent, ils nous font payer de lourds impôts, à nous les paysans ». Dans la région de Stavropol, un président de soviet rural, intervenant en faveur de la création d'une union paysanne a dit : « Quand renaîtra l'Union paysanne, tous les partis disparaîtrons, elle les écrasera tous et ce sera alors la plus forte organisation du monde ».
Terrorisme koulak
D'après nos dernières indications complémentaires, en novembre et décembre, on a enregistré 106 cas de terrorisme koulak [...]. Ce terrorisme koulak s'est manifesté de la manière suivante : meurtres : 10 ; blessures : 5 ; passage à tabac : 27 ; incendies : 6 ; tentatives d'assassinat : 14 ; menaces : 31 ; autres : 13. Ces actes terroristes visent en priorité les fonctionnaires soviétiques de base (24 cas) et les membres du Parti et du komsomol (22 cas). On notera que ces actes de terrorisme sont souvent le fait de hooligans que les koulaks et les paysans aisés commanditent pour commettre leurs méfaits.
Propagande antisoviétique
Un certain nombre de déclarations et de prises de parole de la part d'éléments koulak critiquant les mesures prises par le gouvernement soviétique ont un caractère ouvertement antisoviétique.
Déclarations contre les communistes et agitation antisoviétique lors des élections aux coopératives
Voici quelques exemples de déclarations ouvertement antisoviétiques. À Oust-Ouïsk (province de Tcheliabinsk), un membre d'un groupe koulak a dit, après le discours du représentant local du pouvoir soviétique : « Quelle différence y a-t-il entre le gouvernement tsariste et le gouvernement actuel ? Avant, c'étaient les riches en habit de soirée qui gouvernaient, aujourd'hui ce sont les communistes. Partout où on ne veut pas des communistes, ils sont là, et on ne peut pas les déloger. Vous, les fonctionnaires du district, qu'est-ce que vous avez à venir chez nous au village avec vos belles pelisses de fourrure pour raconter des histoires à dormir debout à nos paysans qui n'ont rien à se mettre sur le dos ? Quelle confiance peut-on faire au pouvoir soviétique, il est noyauté par les youpins ! » [...].
Appels au soulèvement et à la lutte contre le pouvoir soviétique
Dans certains cas, on a enregistré des appels au soulèvement contre le pouvoir soviétique. « Bientôt la paysannerie se soulèvera contre les communistes, alors ce sera la fin pour eux ! » (province de Toula) ; « Il faut absolument un nouveau coup d'État pour recompter tous les vrais communistes, autrement ils se sont faufilés partout, ils se remplissent les poches, et à nous paysans, ils font payer des impôts énormes ! » (district Slavgorodskii). « Tôt ou tard, le pouvoir soviétique va tomber, les impôts sont trop lourds, la paysannerie ne se laissera pas faire, quant à nous, on a appris à lutter avec des piques et des fourches ! » (district de Biisk).
On entend fréquemment des propos sur la nécessité d'une nouvelle révolution paysanne, qui libérera les paysans du joug communiste : « Le pouvoir soviétique presse le paysan, bientôt les paysans feront une nouvelle révolution qui chassera les communistes » (province de Voronej). « Il faut faire une seconde révolution, on ne peut plus vivre ainsi! » (district Krivorojskii).
Appels à la liquidation des organisations du Parti communiste
On a noté quelques déclarations des koulaks et de paysans aisés appelant à une liquidation pure et simple des organes du Parti communiste, sous prétexte qu'il y aurait une sorte de parallélisme entre deux appareils: celui du Parti et celui des soviets [...]. Ainsi, à Rebrikhi (district de Barnaoul), un paysan aisé, membre du soviet rural a déclaré : « Le pouvoir soviétique a organisé deux directions : les comités exécutifs de soviet d'un côté, les cellules et les organisations du Parti communiste de l'autre. Ça fait une double dépense pour l'État. Il faudrait liquider les organisations du Parti communiste, comme ça l'État fera des économies et les paysans paieront moins d'impôts ».
Source : TsA FSB 2/4/439/382-387