LE POUVOIR SOVIÉTIQUE ET LA PAYSANNERIE DANS LES RAPPORTS DE LA POLICE POLITIQUE (1918-1929)

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Extraits du rapport du département secret de l'OGPU sur les mouvements antisoviétiques dans les campagnes. Octobre 1928

Strictement confidentiel. À conserver au même niveau que les textes codés. Il est interdit de faire une copie de ce texte.

Terrorisme koulak

Le terrorisme koulak est la forme la plus radicale de la lutte engagée par les koulaks et les éléments antisoviétiques contre l'avant-garde soviétique dans les villages. Meurtres, passages à tabac, incendies, menaces — telles sont les méthodes de lutte employées par les koulaks pour tenter d'éliminer ou au moins de démoraliser les activistes issus des paysans pauvres et les communistes, pour couper la tête de la présence soviétique dans les campagnes. Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi le terrorisme koulak s'en prend aux correspondants ruraux, aux responsables soviétiques, aux inspecteurs et collecteurs des impôts, aux responsables chargés des campagnes électorales, etc. Au cours de cette année, le terrorisme koulak s'est considérablement renforcé. Les chiffres suivants donnent une idée de cette progression : en 1924, 339 cas de terrorisme de toute espèce ; en 1925, 902 ; en 1926, 711 ; en 1927, 901 ; et pour les sept premiers mois de 1928, 1 049.

[...]. Les fonctionnaires soviétiques représentent une proportion croissante des victimes du terrorisme koulak : 33,3 % en 1926 ; 34,6 % en 1927 et, pour les sept premiers mois de 1928, 44,9 % [...].

Manifestations de masse

Cette année, nous avons enregistré une très forte croissance des manifestations de masse antisoviétiques. Pour 1926-1927, nous avions enregistré 63 cas de manifestations de masse. Au cours des 8 premiers mois de 1928, nous avons noté 564 cas de manifestations de masse. Celles-ci ont été particulièrement nombreuses dans le Nord-Caucase, en Ukraine et dans l'Oural. Une telle croissance s'explique par les grandes difficultés alimentaires et par les pressions dans la campagne de collecte. 448 manifestations ont eu pour cause des difficultés alimentaires, 52 des pressions lors des collectes [...]. Ces manifestations de masse témoignent du fait que les koulaks et les éléments antisoviétiques s'efforcent systématiquement d'exploiter nos difficultés temporaires et, avec des mots d'ordre démagogiques, d'entraîner contre le pouvoir soviétique les autres couches de la paysannerie. Il est clair que nos frappes doivent être dirigées non pas contre les masses de paysans participant aux manifestations, mais contre les instigateurs antisoviétiques, contre la tête organisatrice [...].

Mouvement antisoviétique paysan des républiques nationales et des régions cosaques

Nous considérons nécessaire de traiter cette question à part, dans la mesure où le mouvement antisoviétique dans les campagnes des républiques nationales et des régions cosaques présente des spécificités indéniables [...].

La base politique et économique du mouvement antisoviétique paysan dans les campagnes des républiques nationales et des régions cosaques ne diffère guère de celle que l'on trouve dans les autres régions de l'URSS. Ce mouvement est alimenté par l'activisme croissant des koulaks qui, se renforçant économiquement, aspirent à diriger politiquement les villages. Mais, dans les républiques nationales et les régions cosaques, ces tendances hégémoniques se cachent derrière des idées et des mots d'ordre national-chauvins. Le chauvinisme est précisément le cours vers lequel les idéologues et les organisateurs du mouvement antisoviétique veulent conduire les campagnes.

La seconde caractéristique du mouvement dans les régions nationales est le fait qu'il possède un encadrement puissant tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Ces cadres sont recrutés parmi l'intelligentsia nationale, parmi les membres des partis nationaux antisoviétiques, parmi la petite bourgeoisie urbaine. L'intelligentsia des républiques nationales se distingue fortement de l'intelligentsia russe : elle est beaucoup plus active, elle est plus proche de la paysannerie par ses racines sociales et ses opinions politiques, elle est souvent issue du monde paysan (ainsi, en Biélorussie, par exemple, 90 % de l'intelligentsia est de souche paysanne) et elle a gardé des liens étroits avec la campagne. Par ailleurs, le rôle joué par l'intelligentsia nationale par le passé lui confère une indéniable autorité et une réelle influence parmi la petite bourgeoisie et la paysannerie.

Dans les républiques nationales, principalement en Ukraine, la différenciation sociale considérable dans les campagnes, la proportion importante de koulaks et de paysans aisés sont autant de facteurs qui stimulent les formes d'action les plus agressives des koulaks contre le pouvoir soviétique. Ce mouvement paysan stimule également les couches petites-bourgeoises urbaines. Le parti paysan ukrainien, l'Union paysanne, les diverses organisations paysannes dans les coopératives betteravières et toute une série d'autres petits groupes et organisations reflètent l'activisme de l'intelligentsia nationale ukrainienne et ses tentatives de prendre la direction des villages. L'intelligentsia nationale voit dans les koulaks et les paysans aisés une force sociale capable de mener la lutte contre le pouvoir soviétique [...].

Dans le mouvement antisoviétique (aussi bien en milieu rural que parmi l'intelligentsia nationale des villes), on note très clairement la présence et la participation active d'éléments ayant par le passé appartenu à des partis antisoviétiques, notamment populistes. Les partis populistes des républiques nationales connaissent, à l'instar des partis populistes russes, une profonde crise idéologique et organisationnelle ; néanmoins, l'idée de libération nationale et les mots d'ordre chauvins donnent une sorte de seconde jeunesse à ces partis antisoviétiques [...].

Source : TsA FSB 2/6/25/1-66