LE POUVOIR SOVIÉTIQUE ET LA PAYSANNERIE DANS LES RAPPORTS DE LA POLICE POLITIQUE (1918-1929)

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Extraits du rapport du département secret opérationnel de l'OGPU, « Bilan provisoire de la lutte contre la contre-révolution dans les campagnes au cours de l'année 1929 »

15 janvier 1930

L'année 1929, dans un contexte d'offensive résolue contre les éléments capitalistes des villes et des campagnes, s'est traduite par une résistance enragée de nos ennemis de classe. Cette résistance se manifeste aussi bien par la résistance résolue des koulaks aux mesures prises par le pouvoir soviétique pour reconstruire les campagnes, que par l'activisme croissant du noyau contre-révolutionnaire koulak-gardes-blancs s'efforçant de mener une lutte organisée contre le pouvoir soviétique, allant jusqu'à des tentatives de soulèvement armé et de constitution de bandes armées.

Le bilan provisoire du travail effectué par les organes de l'OGPU dans leur lutte contre la contre-révolution sur le front des campagnes est le suivant :

Liquidés au total en 1929 :

organisations contre-révolutionnaires 255
   nombre d'arrestations 9 159
groupes contre-révolutionnaires 6 769
   nombre d'arrestations 38 405
bandes actives 281
   nombre d'arrestations 3 821
contre-révolutionnaires isolés arrêtés 43 823

Total des groupes liquidés : 7 305

Nombre total d'individus arrêtés : 95 208

Sur ce nombre, l'instruction a été achevée en ce qui concerne :

organisations contre-révolutionnaires 161
   nombre de participants 5 874
groupes contre-révolutionnaires 5 779
   nombre de participants 29 637
bandes actives 281
   nombre de participants 3 821
contre-révolutionnaires isolés 41 873

Nombre total de groupes pour lesquels l'instruction est terminée : 6 221

Nombre total de personnes arrêtées pour lesquelles l'instruction est terminée : 81 205

Terreur contre-révolutionnaire de masse dans les campagnes en 1929 [...]

Terrorisme

Pour l'année 1929, on a enregistré en URSS 8 278 actes terroristes.

En comparant l'ampleur du terrorisme en 1929 avec les années précédentes, on constate une très forte progression du terrorisme : 711 cas enregistrés en 1926, 901 cas en 1927, 1 027 cas en 1928, 8 278 cas en 1929. La moitié des actes terroristes enregistrés en 1929 (4 688 cas sur 8 278) a eu lieu au cours des quatre mois d'août à novembre 1929 [...]. Le terrorisme se développe à cause de l'opposition active aux collectes de céréales. Les actes de terrorisme liés aux campagnes fiscales et autres mesures économiques sont insignifiants. Le terrorisme est dirigé principalement contre les activistes des villages (paysans pauvres, ouvriers agricoles, membres du komsomol, communistes) participant aux campagnes politico-économiques, notamment à la campagne de collecte.

À partir de l'automne 1929, le terrorisme se développe en liaison avec la collectivisation ; il se manifeste principalement par des incendies dirigés contre les activistes kolkhoziens et les kolkhoziens eux-mêmes. Le terrorisme prend des formes plus extrêmes : on assiste à une multiplication des meurtres, des coups et blessures et tout particulièrement des incendies. Une des formes les plus caractéristiques de la résistance koulak — les incendies et les mises à sac d'institutions soviétiques, de kolkhozes, de coopératives — connaît une grande croissance [...].

Manifestations de masse

Pour l'année 1929, on a enregistré 1 190 manifestations de masse. La croissance, par rapport aux années précédentes, est remarquable : 1926-1927 : 63 manifestations ; 1928 : 709 ; 1929 : 1 190. Les caractéristiques les plus remarquables de ces manifestations sont les suivantes :

1- le caractère de plus en plus sérieusement antisoviétique de ces manifestations, dirigées par des éléments koulaks et gardes blancs.

2- la plupart des manifestations ont eu lieu aux mois de juin, octobre, novembre 1929.

3- la croissance du nombre de manifestations est liée, pour l'essentiel, aux mouvements de protestation contre les campagnes de collecte.

4- Tout au long de l'année 1929, les manifestations sur une base religieuse (contre la fermeture d'édifices du culte, contre la descente des cloches) ont occupé une place significative. Des telles manifestations encouragent fortement les serviteurs du culte et les membres des conseils paroissiaux. Ceux-ci encouragent les fidèles à prendre part aux manifestations, profitent des excès commis par les autorités locales et de l'absence de campagnes d'explication menées par les représentants de base du pouvoir soviétique. On note une forte participation des femmes dans les manifestations, notamment dans celles provoquées par la campagne de collecte des céréales (168 cas) et par la fermeture d'églises (112 cas). Fréquemment, les femmes, sous l'influence de la propagande des éléments antisoviétiques, prennent la défense des koulaks et du pope. À la fin de l'année 1929, on note une diminution du nombre des manifestations. Cette diminution est directement liée à la fin de la campagne de collecte. En revanche, les manifestations liées à d'autres événements, en particulier à la collectivisation et à la campagne de fermeture des églises, restent à un niveau stable, voire progressent [...].

Une des caractéristiques du mouvement contre-révolutionnaire et antisoviétique est la tentative de créer une organisation clandestine et des groupes prêts à se lancer dans des soulèvements armés. Simultanément est menée une activité contre-révolutionnaire au quotidien, sont organisées des actions pour contrecarrer les mesures prises par le pouvoir soviétique — terrorisme, manifestations de masse, propagande contre-révolutionnaire, diffusion de tracts, etc. — avec utilisation (à la suite de manoeuvres provocatrices) de koulakisants, de femmes, etc. Les mouvements insurrectionnels sont particulièrement répandus dans les régions où existe des cadres du mouvement insurrectionnel blanc [...]. On notera que dans toute une série de régions (Nord-Caucase, Ukraine, Sibérie) les koulaks ont tendance à quitter leur village. Un certain nombre de groupes de koulaks migrants sont dirigés par des gardes blancs. Les éléments les plus endurcis parmi les activistes contre-révolutionnaires koulaks cherchent à se cacher, à se mettre hors-la-loi et à se fondre dans les bandes actives de bandits.

À l'heure actuelle, les organes locaux de l'OGPU ont des dossiers suivis de surveillance sur 56 426 personnes.

Sont actuellement instruits des dossiers sur : 94 organisations contre-révolutionnaires (3 285 participants) ; 990 groupes contre-révolutionnaires (8 768 participants ) ; 1 950 contre-révolutionnaires hors organisation. Arrêtés : 14 003 individus [...].

Source : TsA FSB 2/8/35/230-238