1. Agitation antisoviétique et rumeurs provocatrices liées à la dékoulakisation
Région de Volhynie. Ces derniers temps, les koulaks ont largement diffusé des rumeurs provocatrices sur « une répression massive » des éléments koulako-capitalistes. Ainsi, dans le bourg de Zanki (district Potievskii), le koulak Fedor Klimenko a prétendu que les communistes organiseraient bientôt une « nuit rouge », au cours de laquelle tous les éléments antisoviétiques, les criminels de droit commun et les koulaks seraient tués.
Région de Starobelsk. Dans le bourg de Belovodsk circulent des rumeurs selon lesquelles une mobilisation générale est sur le point d'être décrétée en Ukraine. La source de ces bruits sont les lettres envoyées par les recrues à leur famille.
Région d'Artemov. Un koulak du bourg de Kramatorsk répand des rumeurs, selon lesquelles « on va bientôt ôter aux parents leurs enfants pour les faire éduquer dans des internats-communes ». Le koulak prétend que « ces mesures sont prévues par le plan quinquennal ».
2. Fuite, autodékoulakisation et sabotage des koulaks
Région de Nikolaev. Ces derniers temps, la fuite des koulaks principalement vers le Donbass a pris des proportions massives. Ainsi, on a repéré dans la seule ville de Nikolaevsk 172 familles koulaks installées dans des logements ouvriers. Ces familles mènent une propagande antisoviétique [...].
Région de Soumsk. À Lokna, on a noté de nombreux cas de fuite de koulaks (16 cas). D'après nos informations, tous ont trouvé du travail à la mine « Komintern » (près de la ville de Chakhty). Ils ont été embauchés par le président du comité, lui aussi habitant de Lokna. Par ailleurs, avec la complicité du secrétaire du soviet rural, récemment exclu du komsomol, les koulaks en fuite ont pu obtenir de fausses attestations certifiant qu'ils étaient des paysans pauvres [...]
Région de Dnepropetrovsk. Dans le bourg Troïtski (district de Petropavlovsk), un koulak-expert[2] a vendu tous ses biens, a pris ses chevaux et est parti s'embaucher à l'une des mines de la région d'Artemov. Dans ce même bourg, de nombreux koulaks ont vendu leurs outils agricoles, une partie de leur bétail et se sont fait embaucher comme cheminots à la gare de Iassinovataja. Dans la ville de Pavlovgrad, on a remarqué que de nombreux koulaks vendent au trust Roudmetaltorg des pièces détachées de machines agricoles, spécialement démontées et envoyées à la casse. Ainsi, le 3 janvier dernier, des koulaks du bourg de Mavrino ont amené à la casse une moissonneuse presque neuve. À la question posée par un paysan « C'était dur de casser une machine pareille ? », les koulaks répondirent : « Casser — ce n'est pas difficile. Quant à reconstruire, le pouvoir soviétique n'a qu'à s'y mettre ! » [...]
Dans de nombreux villages du district Bliznetsovskii, les koulaks laissent rouiller sous la neige les machines agricoles. Quand on a demandé à un koulak pourquoi il laissait s'abîmer des machines alors que les remises sont vides, il a répondu : « Ils nous ont spoliés, maintenant plus rien ne nous appartient, tout appartient au peuple, eh bien que tout disparaisse ! »
Région de Nikolaev. Avec l'apparition, dans la presse, d'articles sur la liquidation des koulaks en tant que classe, et avec la mise en oeuvre de cette politique, on assiste à de nombreux cas d'autoliquidation des exploitations de koulaks. Les koulaks mettent le feu à leur exploitation dans l'espoir de toucher la police d'assurance. Ainsi, dans le district Bachtanskii, deux koulaks dont les exploitations devaient être confisquées, ont mis le feu à leur ferme, dans l'espoir de toucher la police d'assurance. Dans ce même district, on a noté que des jeunes avaient été soudoyés par des paysans pauvres pour mettre le feu à des exploitations appartenant à des paysans pauvres et à des activistes.
3. Opposition à la dékoulakisation
Région de Krivoï Rog. Le 19 janvier, dans le district Apostolovskii, 300 exploitations ont été dékoulakisées. Le 22 janvier, a débuté la dékoulakisation des autres districts de la région de Krivoï Rog. Dans un certain nombre de villages, les koulaks ont résisté. Ainsi, à Kostrenka, un koulak s'est jeté avec un couteau sur le représentant de la milice. À Bratolioubov (district Dolinskii), le koulak Geraschenko a passé à tabac trois membres de la commission de dékoulakisation. À Glinianoïe (district Dolinskii), le koulak Zilevskii a frappé le responsable de la dékoulakisation à la tempe. Celui-ci a tué le koulak d'un coup de revolver. À Gourovka (district Dolinskii), le koulak Kochelev, après avoir été dékoulakisé, a mis le feu au hangar espérant ainsi détruire, par la même occasion, les bâtiments du kolkhoze. Les biens du kolkhoze ont été épargnés par le feu.
Région de Nikolaev. Sur l'ordre du Commissaire de région, la dékoulakisation a été décrétée dans un grand nombre de villages : il s'agissait de confisquer les biens des koulaks et de les installer momentanément dans les maisons des paysans pauvres. Les opérations de dékoulakisation ont été menées de manière particulièrement intensive dans le district de Nikolaev. Ainsi, dans le bourg de Bormachevka, en deux jours, 153 familles de koulaks ont été expropriées et transférées. Les koulaks ont essayé de riposter par des actes de terrorisme. Ainsi, dans le district Bachtanskii, alors qu'ils revenaient d'une réunion, plusieurs dirigeants de kolkhozes ont été attaqués, entre les villages de Konstantinovskaia et de Peski, à coups de fusil de chasse par des koulaks. Un des dirigeants a été blessé à la tête.
District Izioumskii [...] Dans le bourg de Grouchevakhi, alors qu'on était en train de confisquer les semences chez le koulak Lototz, près de 200 paysannes accoururent aux cris de la femme de Lototz, qui criait « Au secours, on nous vole ! ». Les explications des membres de la brigade de dékoulakisation ne parvinrent pas à calmer la foule. Une des paysannes, une certaine Gerasimenko, fille de koulak et épouse d'un paysan moyen-riche, parvint à frapper avec une pierre un membre de la brigade de dékoulakisation. Après cet incident, celle-ci battit en retraite. Une seconde brigade fut également accueillie par la foule de paysannes à coups de jets de pierre, et un membre de la brigade fut jeté par terre et passé à tabac. Les hommes, pour l'essentiel des paysans aisés et des koulaks, regardaient le spectacle en riant [...]
4. Participation des paysans moyens et pauvres aux opérations de dékoulakisation
Région de Kharkov. Le 21 janvier, l'assemblée paysanne du village de Fedorovki décida de dékoulakiser 12 exploitations de koulaks. Le lendemain, une foule de 400 personnes, composée pour l'essentiel de paysans pauvres et moyens, portant des drapeaux rouges, se mit en route, sous la direction des responsables du comité exécutif du soviet local, pour dékoulakiser les koulaks. Arrivés devant les maisons de ceux-ci, la foule se mit à piller celles-ci, après avoir enfermé les koulaks dans un hangar. Au cours de l'opération, l'un des membres du comité exécutif contraignit un dékoulakisé à enlever sur-le-champ son manteau et son chapeau, qu'il s'appropria aussitôt. Les koulaks furent informés qu'ils avaient trois jours pour quitter le village et se rendre où bon leur semblait. Le responsable du Comité exécutif, qui s'efforçait de donner à la dékoulakisation un caractère organisé, n'a rien pu faire, étant donné l'état d'excitation des paysans. Les machines agricoles et le cheptel des dékoulakisés ont pu néanmoins être transférés au kolkhoze.
Source : TsA FSB, 2/8/678/163-165
[2]. Ainsi dans le texte.