25 août 1930
Au cours des dernières années, on a assisté à une participation croissante d'un grand nombre de paysannes dans les manifestations de masse. En 1928, ce phénomène pouvait s'expliquer par des difficultés alimentaires qui avaient touché, de manière assez aiguë, un grand nombre de régions non seulement consommatrices, mais aussi productrices. En 1928, les manifestations auxquelles participaient des femmes n'avaient pas de caractère antisoviétique marqué : les foules ou les groupes, plus restreints, de femmes qui s'assemblaient devant les bâtiments administratifs et coopératifs se bornaient, en général, à exiger qu'on leur distribue du pain. Par endroits, ces manifestations s'accompagnaient de cris hostiles au pouvoir soviétique et de menaces à l'encontre des fonctionnaires locaux. Il arrivait, plus rarement, que les manifestations dégénèrent, des représentants du pouvoir étant passés à tabac par la foule, les bâtiments publics mis à sac. Les incidents de la sorte étaient, le plus souvent, le résultat de l'activisme contre-révolutionnaire des éléments koulaks.
En 1929, les manifestations de masse à forte participation féminine devinrent de plus en plus fréquentes, en particulier à cause des collectes de céréales et de la campagne de fermeture des églises. Cette année-là, les difficultés alimentaires ne suscitèrent qu'un nombre négligeable de manifestations à forte participation féminine. D'après des données incomplètes, on recensa, en 1929, 486 manifestations de masse avec une présence exclusive — ou quasi-exclusive de femmes — et 67 manifestations où les femmes étaient majoritaires (au total, il y eut, en 1929, 1 307 manifestations recensées dans le pays). La répartition, par cause de mécontentement, de ces manifestations de femmes, se présente de la manière suivante : mécontentement vis-à-vis des collectes de céréales : 190 ; mécontentement vis-à-vis de la politique antireligieuse des autorités : 223 ; mécontentement dû aux difficultés alimentaires : 31 ; mécontentement dû à la collectivisation : 56 ; autres : 53.
On notera le nombre très important de manifestations suscitées par la politique du gouvernement envers les popes et les koulaks (répressions liées aux diverses campagnes politiques).
En 1930, l'explosion du nombre des manifestations et émeutes de masse au cours des mois de janvier-mai s'est traduite par un activisme croissant des femmes — participantes actives dans ces événements. L'absence de toute campagne explicative à propos des actions engagées par le gouvernement (collectivisation et dékoulakisation), ainsi que les nombreux excès et abus perpétrés par les représentants locaux du pouvoir soviétique, ont grandement contribué au succès de la propagande koulak auprès de la partie la plus attardée des paysannes. Non seulement les manifestations de masse se sont multipliées, mais elles ont pris souvent des formes extrêmement violentes, s'apparentant par endroits à de véritables mouvements insurrectionnels. Souvent, ces mouvements étaient inspirés et dirigés par des femmes (épouses et parentes de koulaks, et parfois même, paysannes moyennes et pauvres). Le terreau principal de ces mouvements a bien sûr été la collectivisation, qui s'est accompagnée de nombreux abus et excès. De nombreux mouvements ont été suscités par des paysannes désireuses de défendre les koulaks, d'empêcher leur arrestation et leur déportation [...]
Sur un total de 8 707 manifestations de masse recensées durant le premier semestre 1930, plus de 2 800 étaient exclusivement des manifestations de femmes. Ce chiffre est en fait encore loin de la réalité, dans la mesure où, dans toute une série de régions particulièrement touchées, les données concernant la participation spécifique des femmes n'ont pas été précisées. Ainsi, en février-mars on a recensé plus de 2 000 manifestations de masse pour la seule Ukraine, dont un grand nombre de manifestations de femmes. Mais, comme on manquait de précisions concernant la participation des femmes dans ces manifestations, elles n'ont pas été incluses dans nos calculs. On observe une situation analogue dans d'autres régions.
En général, les femmes ont représenté soit la majorité, soit une partie importante des manifestants dans la quasi-totalité des incidents relevés cette année. Prenons, par exemple, les données précises dont nous disposons pour la région de la Moyenne-Volga. Au total, dans cette région, on a enregistré durant le premier semestre de cette année 594 émeutes et manifestations de masse. Sur ce nombre, 285 étaient exclusivement des manifestations de femmes (60 000 participantes environ) ; dans 59 cas, la majorité des participants étaient des femmes ; dans le reste des cas, les femmes représentaient une partie non négligeable des manifestants.
Sur les 2 897 manifestations de femmes recensées au cours du premier semestre 1930, le mécontentement généré par la collectivisation a été à l'origine de 1 154 manifestations et émeutes ; par la politique antireligieuse, de 778 manifestations et émeutes. La défense des koulaks dékoulakisés a suscité 424 manifestations et émeutes ; les difficultés alimentaires ont été à l'origine de 336 mouvements, etc. [...]
Dans la quasi-totalité des cas, les éléments koulaks et antisoviétiques, exploitant les excès et les abus commis par les représentants locaux du pouvoir soviétique, ainsi que l'absence de tout travail d'explication, prennent appui sur la partie féminine de la population. Souvent, les activistes koulaks eux-mêmes motivaient cette stratégie en disant : « Les femmes portent moins de responsabilité pour leurs actions devant le pouvoir ».
Les interventions des femmes en faveur des koulaks, leurs appels au retour des déportés et au rétablissement des dékoulakisés dans leurs droits civiques sont très répandus dans un grand nombre de régions. L'absence de tout travail d'explication parmi les femmes sur des sujets tels que les bruits et les rumeurs provocatrices contenues dans les lettres des déportés, l'activisme forcené des membres des familles des déportés, la démagogie koulak à propos des souffrances des enfants de dékoulakisés n'est pas étrangère au développement, dans nombre de régions (Ukraine, Caucase du nord, région de la Basse-Volga) de sérieux troubles. Le rôle des femmes reste très important dans toute une série de manifestations antikolkhoziennes, d'émeutes contre la collecte de céréales et d'autres mesures gouvernementales. On notera que le nombre d'émeutes suscitées par la politique antireligieuse a considérablement diminué ces derniers temps.
En général, l'état d'esprit de larges couches de la population féminine dans les campagnes reste très négatif. Faute d'un travail explicatif de grande ampleur, une nouvelle vague de manifestations de masse contre les collectes apparaît inévitable.
Le chef du Département Information de l'OGPU, Zaporojets
Le secrétaire, Kucerov
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Source : TsA FSB, 2/8/679/23