LE POUVOIR SOVIÉTIQUE ET LA PAYSANNERIE DANS LES RAPPORTS DE LA POLICE POLITIQUE (1918-1929)

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Extraits du rapport du Département Information de l'OGPU sur la participation des femmes à des actions antisoviétiques dans les campagnes, à la date du 5 janvier 1931

8 janvier 1931

Participation des femmes à des actions koulaks antisoviétiques dans les campagnes dans la deuxième moitié de l'année 1930

Durant la seconde moitié de l'année, on observe que les femmes prennent une part active dans presque tous les aspects des manifestations antisoviétiques (engagement toujours plus grand des femmes dans l'activité des groupes antisoviétiques et dans les actions terroristes des koulaks, participation aux désordres de masse et aux manifestations). Leur activité antisoviétique s'exprime essentiellement par leur participation dans les manifestations de masse, dans lesquelles les femmes, comme par le passé, constituent une grande partie des manifestants. Ces derniers temps, les femmes sont, en outre, de plus en plus impliquées dans l'activité terroriste (incendies volontaires), dans la constitution de groupes de koulaks antisoviétiques ; elles prennent une part active dans le sabotage des réunions et des campagnes [politiques] en général, etc.

Les raisons fondamentales de cette toujours plus grande implication des masses féminines des campagnes dans l'activité antisoviétique sont, comme par le passé :

1 - un travail d'éducation politique et d'organisation insuffisant auprès des femmes ;

2 - le travail actif d'éléments antisoviétiques pour impliquer les femmes dans leurs activités ;

3 - le comportement trop indulgent des autorités policières à l'égard des femmes impliquées dans tout type d'actions antisoviétiques. Des sentences incomparablement plus légères pour les femmes (dont des incendiaires et des koulaks) que pour les hommes, pour les mêmes activités antisoviétiques, ont renforcé l'idée d'une impunité des femmes, parmi les femmes elles-mêmes mais aussi parmi les masses (« les femmes peuvent tout faire, on ne leur fera rien »).

Un désengagement général [des communistes], voire une absence quasi complète, ont permis aux koulaks, aux ecclésiastiques et aux éléments antisoviétiques, dans certains endroits, de capter la masse féminine des campagnes, de les utiliser dans leurs activités antisoviétiques (manifestations de masse, sabotage de réunions) et d'influencer, par leur intermédiaire, les paysans pauvres et moyens. Dans l'Oural, dans le Caucase Nord, dans la région de la Basse-Volga et dans d'autres régions, on trouve des cas de dissolution des kolkhozes par les koulaks, avec l'aide des femmes. Les koulaks, en exposant les « horreurs » des kolkhozes par le biais de leurs femmes et des popes ont souvent réussi à empêcher les paysans pauvres et moyens de mettre sur pied des exploitations collectives.

Participation des femmes aux manifestations de masse

Dans la deuxième moitié de 1930, les femmes ont constitué une écrasante majorité des participants dans 543 manifestations de masse sur les 1 352 recensées par nos services (464 de ces manifestations étaient exclusivement féminines). Dans toutes les autres, les femmes représentaient une part non négligeable des participants.

Alors que le nombre de manifestations de masse a diminué dans la deuxième moitié de 1930, la participation relative des femmes, en revanche, augmente. Dans la première moitié de l'année, les manifestations de masse dans lesquelles les femmes sont majoritaires représentent 32 % du total des manifestations. Pour les six autres mois de l'année, à l'exception du mois de juillet, le pourcentage de participation des femmes aux manifestations de masse est toujours supérieur à celui des six premiers mois :

— en juillet il était de 30 %

— en août de 40 %

— en septembre de 55 %

— en octobre de 54 %

— en novembre de 50 %

— en décembre de 60 %.

Soit en moyenne, pour les six derniers mois de l'année de 40 %.

[...]

Pour la deuxième moitié de l'année 1930, on compte pour l'ensemble du pays, 543 manifestations de masse auxquelles seules des femmes ont participé. Sur ce nombre : 195 (36 %) des manifestations avaient pour origine la campagne de collecte de céréales, 107 (20 %) la dékoulakisation, les confiscations et les attaques contre les intérêts des éléments antisoviétiques et des koulaks, 64 (12 %) la religion, 61 (10 %) la collectivisation, 59 (10,7 %) les difficultés d'approvisionnement. Les manifestations dues à des difficultés d'approvisionnement ont eu lieu, pour l'essentiel, en juillet et étaient déjà terminées en août. En octobre, sur 119 manifestations de masse, 71 (63 %) ont eu pour cause la campagne de collecte de céréales. Sur ce nombre, 44 manifestations de masse ont eu lieu en Ukraine.

Les manifestations ayant pour cause la campagne de collecte de céréales (oppositions à l'inventaire des biens, à la confiscation de céréales, etc.), les confiscations et les attaques contre les koulaks et les éléments antisoviétiques, la religion, se distinguent généralement par leur dureté ; elles sont accompagnées de violences physiques à l'encontre des responsables locaux et des activistes ainsi que de la mise à sac des soviets ruraux et d'autres organisations et institutions. On a enregistré quelques cas de manifestations de femmes dans lesquelles celles-ci étaient armées de fourches, de pieux et de couteaux.

Dans le village de Temenskoie (arrondissement de Kolpnian, région centrale des Terres noires), le 19 décembre, une foule d'une centaine de femmes s'est jetée sur la brigade de collecte des blés et de la viande. Les femmes ont dévêtu complètement les membres de la brigade et les ont ridiculisés.

Dans le village de Nalitovo (arrondissement de Inzien, région de la Moyenne-Volga), en novembre, une foule de 150 femmes armées de bâtons et de fourches s'est rassemblée devant la maison d'un paysan qui s'opposait à la collecte de céréales, chez lequel était arrivée une brigade chargée de l'inventaire de ses biens.

Dans le village de Topchino (arrondissement de Tsaritchan, RSS d'Ukraine), le 16 octobre, une foule de femmes a attaqué une ouvrière agricole activiste du coin et l'a battue pour sa participation active à la collecte. Lorsque les instigateurs et ceux qui avaient battu l'ouvrière agricole furent arrêtés, une foule d'une centaine de femmes se rassembla à nouveau. La foule libéra les personnes arrêtées, bloqua les charrois des paysans qui portaient leurs blés au point de collecte et déchargea les charrettes, répandant les sacs sur la route. Le même jour ces femmes dispersèrent une colonne d'écoliers mobilisés pour des corvées.

Le 15 octobre, dans le village de Cernaia Slobodka (arrondissement de Smeliansk, RSS d'Ukraine) une foule de paysans composée majoritairement de femmes et de jeunes qui se distinguaient par leur détermination, a détruit le bureau du soviet rural. Les manifestants ont détruit les papiers officiels et ont libéré un koulak arrêté pour son opposition à une amende infligée par les autorités parce qu'il n'avait pas payé l'impôt.

Dans le village d'Antonovka (arrondissement de Novyi Boug, RSS d'Ukraine), un policier a été tabassé lors d'une manifestation ; dans le village de Evgenevka (arrondissement de Staro-Krementchik, RSS d'Ukraine), une foule de femmes a tenté de lyncher le responsable de la police et le délégué du Comité exécutif du district ; dans le village de Neroubienka (arrondissement de Rovno, RSS d'Ukraine), une foule de femmes s'est jetée avec des couteaux et des fourches à la main sur la commission chargée de la collecte des blés, l'empêchant de faire son travail. On a lancé des pierres sur les employés des commissions pour la collecte des blés et les membres du soviet rural dans le village d'Orekhovo (arrondissement d'Ouspenskii), dans les villages de Borodino et de Borissovka (arrondissement de Berdiansk), dans le hameau n° 52 de l'arrondissement de Iani-Kourgan (Kazakhstan) et dans d'autres.

Dans la seconde moitié de 1930, selon des données loin d'être exhaustives, on compterait plus de 50 manifestations de masse qui auraient été accompagnées de violences physiques envers les responsables locaux du Parti, les membres des commissions, les présidents des Comités exécutifs de district, les policiers et les activistes locaux (paysans pauvres et kolkhoziens).

Dans certains cas, des manifestations de masse eurent lieu sur plusieurs jours ; les femmes participant à ces troubles firent preuve d'un grand entêtement dans leur opposition aux pouvoirs locaux, en particulier lors des confiscations des biens des paysans refusant obstinément de livrer leur production (koulaks), des personnes qui n'avaient pas payé l'impôt ou lors de l'arrestation d'éléments antisoviétiques. On a noté des cas où les manifestantes ont tenté de défendre les biens des koulaks et des éléments antisoviétiques. Les manifestantes allèrent jusqu'à mettre en place des piquets pour, en « cas de nécessité », rassembler une foule de femmes pour s'opposer aux autorités.

Dans le village de Borissovka (arrondissement de Berdiansk, RSS d'Ukraine), la manifestation de femmes contre la confiscation des céréales des paysans ayant refusé obstinément la collecte (koulaks) s'est prolongée 3 jours durant, du 5 au 7 octobre. Le 5 octobre, la foule des femmes a passé à tabac les membres de la commission, s'opposant ainsi à la confiscation du blé ; le 6 octobre, la manifestation (500 femmes) reprit, la commission dut interrompre son travail, les membres du soviet rural s'enfuirent ; le 7 octobre, les troubles continuèrent, les femmes mirent en place une veille dans la rue, tombant d'accord pour rassembler à nouveau la foule en cas de reprise du travail de la commission. Dans le village de Borissovka (arrondissement de Nikopol, RSS d'Ukraine), les manifestations se prolongèrent également durant 3 jours et s'accompagnèrent d'une opposition active aux autorités.

Il est frappant de constater que les hommes, lors de ces troubles féminins se tiennent d'habitude à l'écart, ne se mélangeant pas à la foule. Le châtiment sévère que les hommes encourent en cas de participation à des troubles de masse les dissuade de participer à ces manifestations. En même temps, malgré une activité ouvertement antisoviétique, les femmes (parmi lesquelles parfois des koulaks) restent le plus souvent impunies. Une telle situation a renforcé, chez les femmes et le reste de la population, la conviction qu'« il n'arrivera rien aux femmes, que les femmes peuvent tout se permettre ». Lors de la manifestation de femmes du village d'Antonovka (arrondissement de Novii-Boug, RSS d'Ukraine), on pouvait entendre ces cris venant de la foule : « Nous n'avons peur de personne, nous avons déjà été au GPU et on ne nous a rien fait et on ne nous fera rien ! ».

Source : TsA FSB, 2/9/694/9-22