LE POUVOIR SOVIÉTIQUE ET LA PAYSANNERIE DANS LES RAPPORTS DE LA POLICE POLITIQUE (1918-1929)

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Note sur les koulaks déportés de 2e catégorie

Pas avant le 1er février 1931

1-Nombre de koulaks déportés de 2e catégorie

De la RSS d'Ukraine 31 593 familles 146 229 individus*****
De la Région Terres noires 8 237 familles 42 837 individus*****
De la Basse Volga 7 931 familles 40 001 individus*****
De la Moyenne Volga 5 873 familles 31 027 individus*****
De la RSS de Biélorussie 11 079 familles 52 914 individus*****
Du Caucase Nord 10 595 familles 51 577 individus*****
De Crimée 3 179 familles 14 029 individus*****
Du Tatarstan 1 605 familles 8 100 individus*****
D'Asie centrale 159 familles 197 individus*****
De l'Oural 14 179 familles 68 227 individus*****
De la Sibérie 16 025 familles 82 922 individus*****
Du Kazakhstan 1 265 familles 7 393 individus*****
De la région de Léningrad 600 familles 2 555 individus*****
De la région Nord 61 familles 305 individus*****
De l'Extrême-Orient soviét. 447 familles 2 235 individus*****
Total 112 828 familles 550 558 individus*****

***** déportés vers le nord de l'Oural et, en partie, vers Khibiny

***** déportés vers le nord de la Sibérie

***** déportés à l'intérieur du Kazakhstan, vers la mer d'Aral

***** déportés vers les mines d'apatite de Khibiny

***** déportés vers le nord de la région Nord

2 - Installation des koulaks de 2e catégorie

La plupart des koulaks de 2e catégorie ont été installés dans la région Nord et dans l'Oural ; un petit nombre d'entre eux en Sibérie, dans l'Extrême-Orient soviétique et dans l'Aldan. Dans la région Nord, 870 baraquements temporaires ont été construits pour loger les déportés. En Sibérie et dans l'Oural, on n'a pas construit de baraquements temporaires ; dès le déchargement des convois, les déportés étaient conduits plus loin, vers leur lieu d'assignation. Dans l'Oural, un certain nombre de déportés ont été installés dans des maisons abandonnées de villages, loin des centres industriels. Un certain nombre de déportés en état de travailler ont été installés, dans la taïga, dans les baraquements disponibles des organismes chargés des coupes de bois.

Régions d'installation des koulaks de 2e catégorie

Où ont-ils été installés ? En provenance d'autres régions Transférés à l'intérieur de la région, plus au nord Total
familles individus familles individus familles individus
Région Nord 46 562 230 065 61 305 46 623 230 370
Oural 16 619 78 431 13 855 66 774 30 474 145 205
Sibérie 11 612 49 801 16 025 82 922 27 637 132 723
Kazakhstan 159 197 1 265 7 393 1 424 7 590
Extrême-Orient sov. 3 796 19 374 447 2 235 4 243 21 609
Aldan 287 2 007 287 2 007
Région de Léningrad 1 540 8 499 600 2 555 2 140 11 054
Total 80 575 388 374 32 253 162 184 112 828 550 558

3 - Situation d'exploitation des koulaks de 2e catégorie

a) Région Nord

Au 1er décembre 1930, sur un total de 230 370 individus, 103 970 individus avaient été envoyés sur leur lieu définitif d'assignation à résidence, dans 189 villages spéciaux. Sur ces 103 970, 64 996 individus avaient été installés dans des baraquements construits et 38 974 dans des abris, des trous dans la terre, et des installations provisoires [...].

Quant au reste des déportés (126 095 individus), voici ce qu'il en est advenu durant son séjour dans la région Nord jusqu'à la date du 1er décembre 1930 :

Décédés 21 213
Enfants renvoyés chez eux 35 400
Renvoyés chez eux car injustement déportés 1 390
Libérés sous caution 68
Envoyés à Mourmansk 160
Envoyés dans les mines d'apatite 342
Soit au total 58 573
Injustement déportés et laissés libres à condition de s'installer dans la région Nord 26 500
Membres de la secte des Fedorovtsy, ayant refusé de rejoindre leur lieu d'assignation 2 100
En fuite 39 743
Soit au total 68 343
Total général 126 916

Parmi les déportés en fuite, sur les 39 743, 21 645 ont été appréhendés dans la région Nord, 2 640 en dehors de la région Nord, soit au total : 24 285 appréhendés (61 % des fuyards). En fuite : 15 458 (39 % des fuyards).

La question de l'approvisionnement reste le problème n° 1. À cause du mauvais travail des coopératives, les normes d'approvisionnement, déjà très faibles, ne sont pas respectées. Il n'y a souvent aucune distribution de pain des jours durant, sans parler des autres produits. Les produits sont en général de mauvaise qualité. Il y a un manque systématique de graisses, de poisson, de légumes. L'approvisionnement en vêtements et en chaussures se passe mal. La plupart des déportés n'ont ni vêtements de saison, ni chaussures.

Au 1er décembre 1930, 23 634 déportés étaient employés à la construction des baraquements. 6 000 seulement aux coupes de bois. Soit au total 29 634 individus seulement. L'absence de vêtements chauds et de chaussures est la cause principale de la faible exploitation de cette main-d'oeuvre. L'ensemble des villages spéciaux ne compte que 2 184 chevaux, dont 1 129 exploités à la construction des baraquements. On note, par ailleurs, une insuffisance voire une absence complète de médicaments. Il manque au moins 31 médecins, 77 officiers de santé et 40 sages-femmes. Les koulaks déportés ne sont gardés que par un commandant et un policier par village.

La grande majorité des déportés ont une attitude extrêmement négative vis-à-vis de la mise en valeur des lopins qui leur ont été attribués. En général, ils espèrent une intervention étrangère qui seule, considèrent-ils, pourra changer radicalement leur sort, avec la chute du régime. Les koulaks les plus virulents, qui comptent sur une guerre prochaine pour les délivrer de déportation, expriment ouvertement leur haine du régime soviétique et affirment leur désir de se venger pour les souffrances qu'ils ont endurées. Ce désir de vengeance transparaît dans des conversations, au cours desquelles il est question d'organiser des bandes et des émeutes, avec pour but d'exterminer les communistes. Ces derniers temps, on a noté un nombre croissant de conversations sur ces thèmes. Néanmoins, à côté de ces humeurs ouvertement antisoviétiques, on a noté qu'une partie des koulaks déportés semble s'être résignée à son sort. Parmi une partie les jeunes koulaks, on a noté non seulement une attitude constructive vis-à-vis du travail, mais aussi des propos loyaux envers le régime soviétique. Les koulaks les plus férocement antisoviétiques tentent de convaincre les autres de ne pas aller travailler aux coupes de bois. Malgré cette agitation, une bonne partie des koulaks déportés font preuve d'une attitude positive vis-à-vis de leur travail et expriment le désir d'améliorer leur situation matérielle.

b) Région Oural

Jusqu'au 1er décembre 1930, 2 927 individus déportés (740 familles) ont été autorisés à rentrer chez eux, après qu'une enquête eut montré qu'ils avaient été dékoulakisés à tort ; 403 individus (95 familles) ont été autorisés à résider librement dans la région ; 1 284 individus (320 familles) ont été envoyés dans les mines d'apatite. Enfin, 9 666 individus se sont enfuis. Sur ce nombre, 1 942 (soit 20 % ) ont été appréhendés.

La construction des villages spéciaux avance très lentement. La quasi-totalité des organismes chargés de l'exploitation économique des déportés n'a pas rempli le plan de construction des logements pour les déportés avant l'arrivée de l'hiver. Au 18 décembre, le plan n'avait été rempli qu'à 54 % [...]. Avec l'arrivée de l'hiver, la plupart des familles se sont retrouvées dans des logements de fortune ou chez l'habitant. Les organismes économiques se sont avérés incapables d'exploiter correctement la main-d'oeuvre à leur disposition. Ainsi, au 15 novembre 1930, Ouralles n'exploitait que 83 % des koulaks en état de travailler. Dans le district de Tobolsk, 20,5 % des koulaks n'étaient pas exploités ; dans le district de Tcherdynsk, 22,2 %. Dans certains organismes, ce pourcentage varie de 30 à 60 %.

À cause de l'absence de médecins et de médicaments, la mortalité et la morbidité des déportés reste à un niveau très élevé. Il manque au moins 35 médecins. Dans tout le district de Tobolsk il n'y a qu'un officier de santé. Le dispensaire du district de Tobolsk a vu, d'avril à août 1930, défiler 27 370 malades, 64 % du nombre total des déportés. Les principales maladies sont le typhus, la scarlatine, le scorbut et la diphtérie.

L'approvisionnement est tout à fait insuffisant. Aucune mesure n'a été prise pour fournir aux déportés des vêtements chauds et des chaussures pour l'hiver, ce qui a des conséquences néfastes sur leur mise au travail.

On assiste ces derniers temps à un accroissement de l'activisme contre-révolutionnaire des déportés. Une des formes majeures de cet activisme est le refus fréquent de se rendre au travail. On a noté de nombreux arrêts de travail, des appels à la grève, des cas d'insubordination et de simulation ainsi que de nombreuses tentatives d'organiser des groupes qui présentent des revendications tout à fait déplacées.

Toutefois, on note qu'une partie des jeunes se distinguent de leurs aînés. Les rapports entre jeunes et adultes se sont considérablement dégradés. Les jeunes viennent souvent à la komandature et déclarent qu'ils ont rompu avec leurs parents, exigeant qu'on améliore leurs conditions de vie.

c) Sibérie

Tout le contingent des koulaks en état de travailler a été envoyé pour être mis au travail sur divers sites industriels, après que l'administration de la région eût signé des accords avec divers organismes économiques. Néanmoins, l'administration régionale ne s'est pas suffisamment occupée des conditions d'installation des déportés, ce qui a eu pour résultat le non-accomplissement du plan de construction des logements. Les déportés ont été mis dans une situation épouvantable, ce qui a eu des conséquences directes sur leur exploitation par le travail. Les sommes mises à la disposition de l'administration régionale — 1,5 million de roubles — pour l'installation des déportés a été dépensée à tort et à travers, et personne ne sait où est passé cet argent [...]. L'approvisionnement n'est nulle part correctement assuré. Par endroits, la situation confine à la famine. L'absence de logements et d'approvisionnement explique le fort niveau des fuites de déportés. Ceux-ci s'enfuyaient non seulement en famille, mais par groupes entiers de 200-400 personnes. Au total, au 20 décembre, 21 000 déportés se sont enfuis ; sur ce nombre, 7 000 environ ont été rattrapés [...]

Source : TsA FSB, 2/9/20/42-51