19 janvier 1932
Les informations recueillies dans les régions montrent que les organisations de base du Parti et des soviets — et parfois même les organisations de district — ne se préoccupent absolument pas de la question du renforcement organisationnel et économique des kolkhozes. La sous-évaluation opportuniste de cette question a pour conséquence le fait que de nombreux kolkhozes ne remplissent pas leurs obligations devant l'État.
La myopie politique de la direction de certains districts, son impuissance à repérer et à démasquer à temps l'ennemi de classe ont pour résultat que nombre de kolkhozes, loin de prendre la tête d'un certain nombre de campagnes politico-économiques de premier plan, restent à la traîne, tout particulièrement dès qu'il s'agit des collectes d'État. Parmi les kolkhozes très en retard sur le plan de collectes, ceux d'Ukraine, du Caucase nord et de la Région centrale des Terres noires, s'illustrent tout particulièrement.
L'absence d'attention portée au renforcement organisationnel et économique des kolkhozes se traduit par toute une série de phénomènes négatifs tels que : une mauvaise organisation et une exécrable comptabilité du travail ; le triomphe du nivellement et de l'indifférence ; une répartition des rémunérations en fonction des « bouches à nourrir » et non pas du travail fourni ; une discipline du travail très relâchée ; des tendances aux départs et à l'exode de la part des kolkhoziens.
Tous ces phénomènes sont habilement exploités par les koulaks, qui en profitent pour renforcer leur propagande anti-kolkhozienne, en s'efforçant de discréditer le système kolkhozien dans son ensemble et la collectivisation des campagnes, et en menant un travail de sape à l'intérieur même des kolkhozes.
À la suite des pratiques opportunistes dans la direction d'un certain nombre de directions de district de kolkhozes et d'organisations de base du Parti et des soviets, les nouvelles formes d'organisation socialiste du travail (émulation socialiste, mouvement des travailleurs de choc) sont totalement ignorées dans de nombreux kolkhozes. Un grand nombre de kolkhozes ne sont pas passés au travail normé. La tendance au nivellement n'est pas liquidée. L'absence de plans concrets d'organisation du travail et d'exploitation de la main d'oeuvre entraîne des changements continus d'affectation, les kolkhoziens étant sans cesse appelés à faire des tâches différentes. La force de trait et les ressources humaines sont très mal exploitées, ce qui entraîne une chute de la productivité du travail. Les problèmes de planification du travail occasionnent souvent des pertes considérables de journées-travail.
On note de sérieuses déviations dans l'application des nouvelles formes de travail socialiste. Ainsi, dans le kolkhoze Arefievskii (district Ilinskii), les brigades étaient formées sur un principe de classe : les paysans aisés et moyens étaient rassemblés dans la même brigade ; les paysans pauvres étaient regroupés dans une autre ; en outre, on attribuait à ces derniers les tâches les plus ingrates.
La comptabilité du travail laisse à désirer. Le principe de la journée-travail, comme étalon de rémunération, n'a toujours pas été assimilé correctement par nombre de responsables de kolkhoze. Le laisser-aller des appareils administratifs et la faible qualification des comptables ne permet pas d'assurer une comptabilité précise et juste des journées-travail. Dans de nombreux kolkhozes, le compte des journées-travail est fait avec un grand retard, qui peut atteindre deux à trois mois, voire plus. On a noté que les kolkhoziens ne recevaient souvent pas leur livret de travail ; le compte des journées-travail se fait sur des petits bouts de papier, est inscrit en bâtonnets, etc. Par ailleurs, les abus et les malversations sont légion : on ne compte plus le nombre de cas où les comptables ont rajouté, par complaisance, des journées-travail à des amis, des parents, etc. (Ukraine, région de Léningrad etc.).
[...]
Un grand nombre de problèmes dans l'activité économique des kolkhozes est dû à la négligence et au laisser-aller des directions. À cause de ce laisser-aller criminel, l'état du cheptel est lamentable dans nombre de régions. La dilapidation des fourrages a créé par endroits une situation critique. Le laisser-aller est aussi cause de pertes importantes de grains, de dégradation des machines agricoles. Parallèlement, on note un très grand développement de l'ivrognerie tant parmi les dirigeants que parmi les simples kolkhoziens. Souvent, les fonds du kolkhoze sont mis à contribution pour l'organisation de beuveries collectives gigantesques, qui durent plusieurs jours (RSS d'Ukraine, région de Léningrad). L'ivrognerie généralisée porte non seulement dommage à l'équilibre financier des kolkhozes, mais elle sape la discipline du travail et discrédite le système kolkhozien auprès des paysans individuels [...].
À la suite d'un grand nombre de défauts dans l'organisation du travail (comptabilité des journées-travail déficiente, tromperies dans le calcul des journées-travail, laisser-aller général, activisme des éléments koulaks), on note une forte croissance d'états d'esprit malsains parmi les kolkhoziens.
Dans la région de la Basse-Volga, on a comptabilisé 40 bourgs où, quotidiennement, des groupes de kolkhoziens (de 10 à 60 personnes), principalement des femmes, viennent à la direction du kolkhoze réclamer à cor et à cri, du pain, tout en proférant des menaces à l'encontre des responsables du kolkhoze. Les états d'esprit négatifs se traduisent également par des refus collectifs organisés d'aller au travail, par des reprises de cheptel collectivisé et de biens appartenant au kolkhoze, et par un flot de départs non autorisés en ville et dans les districts industriels à la recherche de travail saisonnier. On note également un certain nombre de cas de passage à tabac de responsables (ces faits étant occasionnés par un fort mécontentement des kolkhoziens au moment de la répartition des journées-travail).
Une attention toute particulière doit être portée au phénomène des départs des kolkhoziens. Par endroits, ces départs ont pris un caractère massif.
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Pour le Chef du Département secret-politique de l'OGPU, Moltchanov,
Le Chef de la 2e section, Liouchkov
Source : RGAE, 7486/37/235/26-27