26 septembre 1932
Le rythme de la campagne de collecte de céréales reste insatisfaisant. L'Ukraine, le Caucase Nord et la Basse Volga sont particulièrement en retard.
Le rythme de l'emmeulage et du battage est particulièrement lent, la planification déficiente, la direction des opérations, de la part des autorités locales, inexistante. Les conditions matérielles de réception des céréales sont exécrables et l'activisme des éléments koulaks antisoviétiques reste fort.
Les informations communiquées mettent toujours l'accent sur les humeurs malsaines et opportunistes d'une partie des fonctionnaires de base, voire, dans certains cas, de l'appareil du district. On note, à nouveau, toute une série de refus, de la part des soviets ruraux et des kolkhozes, d'entériner les plans qui leur sont proposés. En Ukraine, par exemple, depuis le début de la campagne de collecte, de tels refus ont eu lieu dans 446 soviets ruraux de 92 districts [...].
On soulignera qu'une partie des activistes, dont un certain nombre de communistes, s'opposent directement aux collectes, mènent ouvertement une propagande contre celles-ci et, dans certains cas, passent sur des positions clairement anti-communistes. Voici par exemple ce qu'a déclaré Ovtcharov, un membre du Parti, lors d'une assemblée générale de kolkhoziens : « Le pouvoir soviétique et le Parti ont trahi l'Ukraine, l'ont laissée sans pain. Nous aussi, ils veulent nous affamer, on ne donnera pas un seul quintal de notre pain à l'État » (district Bogoutcharskii, région centrale des Terres noires).
Parallèlement, on note de nombreuses réactions témoignant d'un profond désarroi de la population, qui cherche son salut dans la fuite. Refusant catégoriquement de mener la campagne de collecte, un certain nombre de responsables et d'activistes rendent leur carte du Parti (Ukraine, Caucase Nord, Région centrale des Terres noires, Basse Volga).
À la suite d'une répartition mécanique et arbitraire des objectifs de collecte, une partie des kolkhozes est clairement surimposée, tandis que d'autres kolkhozes sont, au contraire, sous-imposés (Ukraine, Caucase Nord, Moyenne Volga, Tatarstan, etc.). Ainsi, en Crimée, on note qu'un certain nombre de kolkhozes, après avoir rempli le plan, se retrouvent sans semences ni réserves de nourriture, tandis que d'autres gardent d'importantes réserves.
Comme toujours, le secteur individuel est le plus en retard sur la réalisation du plan. La faiblesse du travail d'explication de masse, le retard pris par les organismes chargés de la collecte parmi les paysans individuels expliquent les nombreux refus des paysans individuels à remplir leurs obligations, la dissimulation et la dilapidation de grandes quantités de céréales. La pratique d'envoyer des délégués de village au chef-lieu de district pour demander des allègements d'impôts ou de collectes reste très fréquente. On note également qu'en de nombreux endroits, les exploitants aisés et koulaks ne sont toujours pas imposés individuellement [...].
La dissimulation et la dilapidation des récoltes ont pris, dans certaines régions, des proportions considérables. On a noté de très nombreuses infractions aux directives du Parti concernant les avances en nature données aux kolkhoziens. Dans certains districts d'Ukraine, ces avances représentent jusqu'à 50-75 % des grains battus. Dans le Caucase Nord, les kolkhoziens ont reçu 40 à 55 % de l'ensemble des céréales qui devaient être livrées à l'État. On note également que les céréales servent souvent de monnaie de paiement pour divers travaux, de monnaie d'échange pour obtenir des produits manufacturés ou de nourriture pour le bétail (Ukraine, Caucase Nord, etc.).
La dissimulation et la dilapidation des céréales se font également en retardant artificiellement les opérations de battage, en donnant la priorité aux récoltes sur les terres les moins fertiles, etc. Dans les kolkhozes des districts Prikoumskii, Kourganenskii, Pavlovskii (Caucase Nord), on a découvert plus de 65 000 quintaux de céréales cachés dans les granges et laissés sur les aires de battage au lieu d'être livrés aux silos d'État. Les directions des kolkhozes retardaient systématiquement l'expédition de ces céréales, espérant les utiliser pour les besoins des kolkhoziens, et prenant prétexte d'une absence de moyens de transports pour ne pas transporter les grains aux silos.
Dans de nombreux districts d'Ukraine et du Caucase Nord, on a découvert des moulins cachés, fonctionnant à la force des bras (parfois avec des animaux de trait). 100 moulins clandestins de ce type ont été découverts dans le Caucase Nord.
Un certain nombre de kolkhozes, qui ont des moulins à eau ou à vent, procèdent eux-mêmes à la mouture des grains, qu'ils distribuent ensuite illégalement aux kolkhoziens (Caucase Nord). À Donskoïe (district Izobilno-Tischenskii), c'est un membre du Parti, président du kolkhoze « La voie du laboureur », un certain Vasiltchenko, qui avait installé un moulin de ce type.
Dans un grand nombre de districts, le vol et le commerce illégal de céréales et de grains se poursuivent sur une grande échelle. Ces phénomènes tendent même, ces derniers temps, à se généraliser. Ainsi, à Novossibirsk, au cours des dix derniers jours d'août, près de 10 000 pouds de grains de la nouvelle récolte ont été illégalement vendus. Des spéculateurs venus du Dagestan, de Tchetchénie, d'Ossétie et de Kabardie alimentent le marché de Mozdok de milliers de pouds de céréales volées.
Dans la Région centrale des Terres noires, les spéculateurs, ayant acheté en gros des céréales, les vendent dans les régions voisines. 193 spéculateurs ont été arrêtés depuis le début de la campagne de collecte. En dix jours du mois d'août, dans 15 districts de la région du Caucase Nord, 830 spéculateurs et voleurs de céréales ont été arrêtés ; 162 d'entre eux ont déjà été condamnés [...].
On note une croissance des états d'esprit négatifs vis-à-vis des collectes et du système kolkhozien en général. Ces états d'esprits négatifs se traduisent par des attitudes cupides et consuméristes, par des déclarations — lors de réunions — hostiles aux plans de collecte, par des refus d'accepter ces plans, par une chute de la discipline du travail, par des départs massifs des kolkhozes. Caractéristiques de ces états d'esprit sont les propos suivants, souvent entendus parmi les kolkhoziens : « On n'a plus longtemps à souffrir. On va achever le battage, on va quitter le kolkhoze, on ne peut plus continuer ainsi, regardez comme les paysans individuels s'en sortent mieux ! ».
On note des demandes collectives de départ des kolkhozes dans un certain nombre de districts du Caucase Nord. Sans attendre la décision des autorités, les demandeurs arrêtent de travailler dans les champs collectifs, reprennent leurs bêtes et leurs outils et se mettent à ensemencer les champs individuellement.
Voici, particulièrement intéressant, un exemple de déclaration collective en vue de quitter le kolkhoze (Staroprivolnoie, district Kanevskii, demande collective de 43 exploitants) : « La raison de notre désir de partir est que la plupart d'entre nous, nous avons déjà souffert de la famine l'an dernier alors que la récolte était bonne, et considérant la récolte de cette année, c'est sûr qu'on aura faim. Les champs n'ont pas été sarclés, la terre est en friche, les gens travaillent au kolkhoze juste pour survivre, à cause de la perspective de la famine, personne ne fait rien. C'est la troisième année que le kolkhoze ne nous paie rien . Et il y a en plus cette décision selon laquelle celui qui prendra une poignée de maïs, il aura dix ans de bagne ou bien l'exécution par fusillade. Nous vous prions de nous exclure du kolkhoze » [...].
Le Chef du Département secret-politique de l'OGPU, Moltchanov
Le Chef de la 2e Section, Liouchkov
Source : RGAE, 7486/37/ 237/389-411