27 février 1933
Aux cam. Menjinski, Iagoda, Prokofiev, Agranov
À Poskrebychev (pour Staline), Molotov, Kaganovitch, Roudzoutak
Dans le rapport du 28 janvier dernier, il vous avait été communiqué les informations concernant l'arrivée de 1 826 soldats démobilisés dans la stanitsa Poltavskaia, auparavant entièrement vidée de ses habitants. À cause du mauvais état des logements, il n'a pas été possible d'installer un plus grand nombre de soldats démobilisés dans la stanitsa Poltavskaia. Les autres ont été installés dans les stanitsy Medvedovskaia et Oumanskaia.
Au 19 février, 468 soldats démobilisés avaient été installés à Medvedovskaia. Parmi eux — 144 membres du Parti ; 218 komsomols ; 106 sans Parti. D'après leur origine sociale, on comptait 126 ouvriers, 295 kolkhoziens, 34 ouvriers agricoles ; 13 paysans individuels. L'état d'esprit des soldats démobilisés est bon, sain. On a noté les propos suivants : « En Sibérie orientale, on a combattu les bandits ; on s'en est sortis. Ici aussi, on s'en sortira. On va lutter contre nos ennemis, ceux qui nous empêchent de bâtir le socialisme ! ». « Salauds de koulaks ! Dans quel état ils ont laissé les campagnes. On va bâtir un kolkhoze, vivement qu'on puisse enfin travailler ! ».
Le 11 février, les soldats démobilisés — au nombre de 80, installés au kolkhoze « Le marteau », ont commencé leur première journée de travail aux champs. Ils ont donné des résultats élevés, ce qu'ont reconnu les locaux, qui ont tenté de se justifier ainsi : « On ne pouvait par travailler comme eux, car on n'était pas approvisionnés et on crevait de faim ». Les soldats démobilisés qui travaillaient aux écuries ont été étonnés de voir les chevaux dans un si mauvais état : écuries sales, chevaux enfoncés jusqu'au poitrail dans du fumier, cloisons de séparation couvertes de clous, qui occasionnaient des blessures aux chevaux. Tout ceci montre à l'évidence, comme l'ont reconnu les colons indignés, que des éléments contre-révolutionnaires avaient pris en charge, jusqu'à ces derniers temps, l'ensemble du secteur. Les colons affectés aux fermes d'élevage ont pu voir un tableau identique — étables pleines de fumier, veaux entassés sans la moindre hygiène, aucune régularité dans la traite des vaches, nourriture inadéquate du cheptel. En une seule journée, la plupart de ces défauts confinant au sabotage ont été liquidés.
Parallèlement à des états d'esprit globalement sains, on a noté, à la suite des difficultés alimentaires que connaît encore la stanitsa, un certain nombre de propos malsains : « Quand nos familles viendront et verront que les gens crèvent de faim, qu'ils vont ramasser des miettes dans les cantines, elles ne voudront pas s'installer ici. Si l'on écrit la vérité, personne ne voudra venir ici ». Néanmoins, ces humeurs malsaines n'ont pas un grand effet sur la masse des colons. La plupart des démobilisés envoient des télégrammes à leur famille leur demandant de venir les rejoindre rapidement. La plupart des colons répondent ainsi quand on évoque la famine et les difficultés de travailler dans les conditions actuelles : « Nous n'avons pas peur de travailler. Nous allons lutter contre les koulaks, les fainéants. Nous n'allons pas crever de faim comme vous. Vous, vous ne vouliez pas travailler — eh bien, vous avez crevé de faim ». Toutefois, un certain nombre de soldats démobilisés expriment le désir de revenir chez eux. « Avant le service militaire, on a travaillé comme des bêtes, maintenant ce sera pareil. On ferait mieux de rentrer chez nous ! ».
Parmi les habitants locaux proches de nous du point de vue social, les nouveaux venus sont plutôt bien accueillis : « C'est bien qu'on nous ait envoyé des soldats. Dès que commenceront les travaux des champs, au printemps, ils nous aideront. En les voyant faire, on s'y mettra aussi. Ils doivent bien travailler, sans doute ».
Étant donné qu'aucun habitant local ne peut acheter de produits au magasin — les fonds alloués étant entièrement réservés aux colons — les propos suivants ont été notés : « La stanitsa n'est plus au tableau noir, mais pour nous, ça ne change rien. Les soldats prennent tout. Et nous, on reste tous nus ». « Les soldats reçoivent tout, alors ils n'ont qu'à faire tout le travail ». « On a faim, on est nus, comment pourrions-nous réparer les outils et les machines pour les semailles de printemps ? ». Les éléments antisoviétiques font courir des bruits selon lesquels les nouveaux venus seraient incapables de travailler dans l'agriculture. Ils ne seraient là que pour contrôler et surveiller ce que font les kolkhoziens. On a arrêté pas mal « d'agitateurs » de cette espèce.
Le 13 février, 96 soldats démobilisés sont arrivés à la stanitsa Oumanskaia, avec leur famille. Les nouveaux venus ont été logés, avec un minimum de meubles. On est en train d'achever la répartition des logements : aux meilleurs travailleurs, les meilleures maisons ; aux fainéants et aux familles des déportés, les moins bonnes. On ne dispose d'aucune vaisselle (assiettes, fourchettes, couteaux, cuillères). Les coopératives régionales n'en ont pas non plus.
Le Chef du Département secret-politique de l'OGPU, Moltchanov
Le Chef-adjoint, Liouchkov
Source : TsA FSB, 2/11/42/237-240