LA VIE DES UKRAINIENS DU QUÉBEC

Chapitre
Maltraités à tous Égards
Peter Melnycky


En date du 6 août 1914, date à laquelle le Canada entra en guerre, plus de 170,000 Ukrainiens étaient venus s'établir au pays. Des dizaines de miliers d'hommes et de femmes célibataires étaient venus travailler dans les usines ou dans les fermes et de nombreuses familles avaient été attirées au pays par la politique de colonisation de l'Ouest. La plupart d'entre eux étaient originaires de territoires sis en Autriche-Hongrie, laquelle se trouva bientôt en guerre contre les Alliés, dont la Grande-Bretagne et le Canada. Les Ukrainiens du Canada s'en sont trouvés affectés d'une manière drastique, tout comme ce fut le cas pour des milliers d'autres immigrants qui eurent la malchance de venir de pays ennemis.

Plusieurs milliers d'entre eux n'avaient pas encore été naturalisés Canadiens. Ceux d'entre eux qui l'avaient été ne se trouvèrent pas pour autant à l'abri de toute discrimination. Afin de contrôler une population considerable d'immigrants qui n'avaient pas encore acquis la citoyenneté canadienne, le gouvemement de l'époque adopta une série de règlements et de décrets lui permettant d'immatriculer et d'interner les ressortissants de pays ennemis. C'est ainsi qu'environ 80,000 immigrants originaires de pays ennemi se sont retrouvés inscrits sur des listes de "ressortissants ennemis" et que 8,579 d'entre eux furent internés. Ces ressortissants, des civils pour la plupart, étaient des Ukrainiens, des Polonais, des Hongrois, des Croates, des Slovaques. Certains provenaient d'autres parties de l'Empire  austro-hongrois et il y avait même quelques Turcs et quelques Bulgares.

Les camps d'internement du Canada regorgeaient de chômeurs et d'itinérants, alors qu'ils avaient été conçus pour séquestrer les ressortissants de pays ennemis qui auraient violé quelque règlement ou qui sembleraient menacer la sécurité du pays.

Certains immigrants, qui étaient par ailleurs devenus sujets britanniques, se sont retrouvés internés en raison du chauvinisme et des préjugés de l'époque. Dès 1916, la plupart des dirigeants militaires et gouvernementaux avaient réalisé que la plupart des internés ne constituaient pas une menace pour la sûreté de l'Etat. Plusieurs autres facteurs militaient en faveur de leur remise en liberté conditionnelle: les coûts encourus pour les maintenir dans les camps, le manque de travailleurs agricoles et industriels et l'opprobre auquel le pays s'exposait de plus en plus sur la scène internationale.

Le but de cet essai est de présenter un bref survol de la politique canadienne d'internement au cours de la Première Guerre mondiale et de retracer l'histoire des camps d'internement dans la province de Québec. Nous accorderons une attention toute particulière aux comptes-rendus, fort peu connus d'ailleurs, soumis par les autorités consulaires américaines relativement à l'internement, au Canada, des sujets des Empires centraux.
En haut
  Table des matières » Le commencement de l'internement 
©2005 quebec-ukraine.com