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Chapitre Maltraités à tous Égards Peter Melnycky
Le traitement des milliers d'Ukrainiens internés n'est pas dénudé d'ironie lorsqu'on
considère qu'il y avait presque autant d'Ukrainiens, naturalisés ou non, qui avaient
été appelés sous les drapeaux et qui se battaient en Europe, et ce, malgré la
réglementation en vigueur à l'époque, qui interdisait aux ressortissants
d'Autriche-Hongrie qui n'étaient pas naturalisés de se joindre aux Forces armées
canadiennes, alors que les citoyens canadiens d'origine austro-hongroise avaient
uniquement le droit de servir au Canada.
Les Ukrainiens dont les provinces d'origine étaient sises en Russie, qu'ils aient
été citoyens canadiens ou non, furent par ailleurs conscrits pour aller servir en Europe.
Deux mille d'entre eux y combattirent 59. Philip Konowal se vit décoré de la Victoria
Cross, la plus haute distinction de l'Empire britannique, en raison de "ses qualités
de chef et de son insigne bravoure au champ de bataille" 60.
Des milliers d'autres Ukrainiens, à qui il avait été interdit de se joindre aux
Forces Armées, anglicisèrent leurs noms ou s'enregistrèrent comme étant d'origine
russe, polonaise ou bohémienne. Plusieurs d'entre eux moururent au combat. Plusieurs
d'entre eux servirent au sein de la Division forestière de l'armée canadienne en
Angleterre, en Ecosse et en France. D'ailleurs, le pourcentage d'Ukrainiens dans certains
camps forestiers pouvait parfois monter jusqu'à 70 pour cent 61.
Des centaines d'Ukrainiens du Québec se sont enrôlés au sein des Forces armées
canadiennes. Alors que Feodor et Henry Romaniuk étaient internés au Lac Spirit, un homme
du même nom, le soldat Roman Romaniuk, qui s'était enrôlé à Montréal et qui
combattait en France au sein du 2ième bataillon de pionniers, périt au front le 15
septembre 1916. Le soldat Trofim Jourinski qui s'était enrôlé à Québec au sein du
19ième bataillon, mourut le même jour et un autre soldat du 2ième bataillon de
pionniers, Semen Semchenko, périt le lendemain 62. Le soldat Feodosy Michorod de
Montréal, du 49ième bataillon, fut porté disparu au champ d'honneur. Plusieurs
Ukrainiens, qui avaient réussi à s'enrôler au sein du Corps expéditionnaire canadien,
furent relevés de leurs fonctions par la suite, en raison de leur origine ethnique. C'est
là le sort que connut le soldat Nick Derryck du premier contingent du Corps
expéditionnaire canadien. Après avoir été expulsé du Corps, il fut interné à
Amherst en Nouvelle-Ecosse et ensuite à Valcartier et enfin à Kapuskasing 63.
Notes:
| 59. |
Les estimés quant aux effectifs ukrainiens de l'armée canadienne pendant la Première Guerre mondiale varient. Certains estiment que 2,000 Ukrainiens servirent dans l'armée canadienne. D'autres haussent ce chiffre jusqu'à 10,000. Voir Mykhailo Marunchak, Studii do istorii ukraintsiv Kanady, vol. IV (Winnipeg, 1972), pp. 188-189; et Frances Swyripa "The Ukrainian Image: Loyal Citizen or Disloyal Alien" dans Swyripa et Thompson, Loyalities in Conflict, pp. 47-68; et V.J. Kaye, Ukrainian Canadians in Canada's Wars (Toronto, 1983); et Martynowych, Ukrainians in Canada, pp. 420, 444. |
| 60. |
La Gazette du Canada, le 22 décembre 1917. Voir également F.A. Macrouch (éditeur), Ukrainian Year Book and Ukrainians of Distinction, 1953-1954 (Winrdpeg, 1953-1954), p. 79; et George C. Machum, Canada's V.C.'s (Toronto, 1956), pp. 72-73. |
| 61. |
Marunchak, Studii do istorii ukraintsiv Kanady, vol. IV, p. 190. |
| 62. |
Kaye, Ukrainian Canadians in Canada's Wars, pp.112, 116, 120-22. |
| 63. |
Archives nationales du Canada, RG 6, Volume 7, Dossier: 3466(2), "Prisoners of Railway Detachments, Kapuskasing"; et RG 24, Volume 4513, Dossier 4. |
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