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Chapitre Maltraités à tous Égards Peter Melnycky
Une fois arrivés dans les camps d'internement, les détenus étaient divisés en deux
catégories suivant leur nationalité et leur service militaire antéieur. D'une manière
générale, les détenus allemands, plus instruits pour la plupart, formaient une
première catégorie d'internés de calibre supérieur et recevaient un traitement plus
favorable, semblable a celui des officiers. Ils bénéficiaient, par exemple, de logements
et de rations de qualité supérieure et de conditions d'internement plus favorables, à proximité
des centres urbains. Contrairement aux autres internés, ils n'étaient pas obligés
d'effectuer des travaux qui ne concernaient pas leur propre confort, leur santé ou leur
hygiène. Les Allemands étaient surtout internés à Amherst en Nouvelle-Ecosse, à
Vernon en Colombie-Britannique et au Fort Henry à Kingston en Ontario. On retrouvait
cependant dans ces camps une population plus faible d'Ukrainiens et d'autres Autrichiens 12.
Les Ukrainiens et les autres ressortissants de l'Empire austro-hongrois formaient la
catégorie subalterne d'internés et ils étaient considérablement moins bien traités.
Sans emploi pour la plupart, ils étaient internés le plus loin possible des centres
urbains, sur des terres dépeuplées, dans des camps de travaux ou dans des camps
d'internement isolés, au Nord du pays. Ils travaillaient là pour le compte du
Gouvernement du Canada à construire des routes, à ériger et à réparer des édifices,
à déblayer et à canaliser des terres. Ils ne recevaient, pour tout salaire, que
vingt-cinq cents par jour, soit l'équivalent du supplément que recevaient les
soldats de l'armée canadienne pour le travail qu'ils éffectuaient en surplus de leurs
occupations régulières. Quand il y avait, dans un même camp, des internés
privilégiés et des internés subalternes, les deux groupes étaient strictement
séparés, notamment au niveau de leurs logements et des travaux qui leur étaient
imposés.
Dans les Prairies, les internés "autrichiens" furent d'abord regroupés dans
les camps de Lethbridge en Alberta et de Brandon au Manitoba avant d'être dispersé dans
d'autres camps répartis à travers le pays où les travaux les plus durs les attendaient
en abondance. On retrouvait un contingent particulièrement important d'"Autrichiens"
dans les camps du Lac Spirit au Québec et de Petawawa et de Kapuskasing en Ontario. Il y
avait également des camps dans l'arrière-pays de la Colombie-Britannique et dans les
parcs nationaux des Rocheuses: à Banff, à Jasper, à Yoho et au Mont Revelstoke par
exemple 13.
Les internés étaient sans défense contre la brutalité et la corruption dont ils
étaient parfois victimes. Au centre d'internement de Toronto par exemple, plusieurs
milliers de dollars qui leur avaient été confisqués disparurent sans explication et
sans qu'aucune accusation ne soit portée. Un des commandants du camp du Lac Spirit se
servit des internés tant pour construire des routes que pour défricher des terres que sa
famille avait achetées aux abords du camp. Il n'était pas rare de voir les internés se
plaindre des sévices que leurs gardiens leur imposaient délibérement. Au camp Vernon,
un officier fut trouvé coupable d'avoir maltraité des prisonniers. Après s'être rendu
en visite au camp de Banff, Otter lui-même fut porté à croire les accusations des
internés concernant la médiocrité de la nourriture et l'imposition de cruautés telles
la pendaison par les poignets 14.
Notes:
| 12. |
Otter, Internment Operations, pp. 6,9.; et Morton, The Canadian General, pp. 333, 336-339 |
| 13. |
Otter, Internment Operations, p. 6; et Morton, The Canadian General, pp. 333, 336-339, et
"Sir William Otter and Internment Operations in Canada during the First World War" Canadian Historical Review 55, no. 1 (Mars 1974); pp. 45-46; et United States, National Archives and Records Administration (ci-après: NARA), 763.72115/1954, F.M. Ryder, Consul-général des États-Unis à Winnipeg "Official Inspection of the Internment Station at Brandon, Manitoba", le 25 mai 1916. Au sujet de la situation des ukrainiens au camp Brandon et dans d'autres camps, voir Peter Melnycky, "The Internment of Ukrainians in Canada", dans Swyripa et Thompson, Loyalties in Conflict, pp. 1-24. |
| 14. |
Morton, The Canadian General, pp. 335, 339, 344 et "Otter and Internment Operations", pp. 43, 50. |
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