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Chapitre La Vie Musicale Ukrainienne à Montréal: Caractéristiques et Spécificités
Claudette Berthiaume-Zavada
La musique, ce phénomène pluridimensionnel, est tributaire de son environnement
socio-culturel en même temps qu'elle en est le reflet. En ce sens, l'exemple de la
musique ukrainienne au Canada est des plus intéressant et ce, pour les raisons suivantes:
les genres et les styles musicaux préservés, transmis et transformés en territoire
canadien varient selon
- les régions et les groupes sociaux d'origine (ruraux et urbains)
- les différentes strates migratoires réparties sur une période de cent ans
- et les divers endroits d'implantation au Canada, lieux qui en eux-mêmes sont
constitués d'éléments contrastants dans l'ensemble des configurations culturelles
canadiennes et ont des influences diverses sur les transformations musicales.
En conséquence, les exemples diversifiés des musiques ukrainiennes au Canada nous
offrent un kaléidoscope intéressant aux couleurs et formes variées, tributaires des
influences environnantes et ce, à partir d'un canevas caractéristique qui nous permet de
toujours identifier ces musiques plus ou moins transformées et bien souvent hybrides
comme étant "ukrainiennes."
La production musicale ukrainienne au Canada (c'est-à-dire la musique ukrainienne qui
est produite au Canada et qui se distingue par là même de la musique et de l'interprétation
de cette musique en Ukraine) peut se diviser en plusieurs styles et catégories relatifs
aux facteurs conditionnels énumérés ci-dessus:
- l'Ouest canadien, qui se caractérise par une insistance sur le répertoire rural,
les "kolomeyé", la "troista mouzéka" (trio instrumental) adaptée au
style "western" et au contexte rural canadien. À titre d'exemple, mentionnons
l'importance des tsembalé et des concours de tsembalé comme un phénomène unique. Il ne
faut pas oublier que les premiers pionniers ukrainiens qui se sont installés au Canada
venaient de l'Ouest de l'Ukraine où certains styles instrumentaux tels la "troïsta
mouzéka" sont privilégiés (voir Bandera, 1983 et 1991);
- les grandes villes comme Toronto qui ont absorbé après la seconde guerre mondiale
un grand nombre d'immigrants ukrainiens qui avaient connu les espoirs et les déceptions
d'une autonomie éphémère ont opté pour les répertoires urbains et plus nationalistes,
véhiculant le rêve ukrainien, sublimisé dans les grands choeurs polyphoniques et la
musique vocale;
- bien que le profil musical ukrainien à Montréal ait des similitudes avec la
catégorie précédente, la situation québécoise et ses particularités culturelles et
linguistiques confèrent aux Ukrainiens qui évoluent dans ce milieu un statut particulier
par rapport à leurs compatriotes du Canada et des États-Unis. En effet, le statut des
Ukrainiens comme entité ethnique au Québec et plus précisément à Montréal n'est pas
le même que celui de leurs compatriotes de l'Ouest canadien. D'une part, le statut des
Ukrainiens des provinces de l'Ouest canadien est particulier et résulte de leur
contribution importante au développement économique et agricole de ces provinces où les
Ukrainiens ont été de véritables "pionniers". À Toronto, leur nombre
imposant (100 000 comparativement à 19 000 sur une population métropolitaine totale
semblable) et leur dynamisme leur donne une importance particulière. Par contre, dans ces
lieux, les pressions de la culture anglo-américaine sont puissantes et à sens unique
alors qu'à Montréal, ces pressions sont neutralisées par la culture
franco-québécoise. De plus, le statut des Ukrainiens comme entité ethnique est le même
que celui de tous les autres groupes minoritaires. Les transformations de la production
musicale ukrainienne à Montréal portent l'empreinte de cette situation et ont révélé
des tangentes distinctes de celles de leurs compatriotes.
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