Non seulement l'Allemagne nazie ne limite pas son champ d'action à l'Europe centrale et
orientale, mais encore elle l'étend au delà des frontières mêmes de l'Europe.
Tantôt c'est le Pacte antikomintern qui sert de prétexte. On savourera la valeur de cet
exemple : le 9 novembre arrivait à Tokio, à bord du paquebot allemand
Gneisenau, M.
Franz Huber, inspecteur de la police allemande et premier commissaire envoyé par le Reich
au Japon pour « coordonner la répression du communisme » ; M. Huber restera à Tokio
pendant deux ans.
Tantôt c'est l'arme de l'antisémitisme qui est brandie de la manière la plus curieuse.
Au début de novembre, le gouvernement mexicain se mit en devoir de refouler les quelques
israélites allemands réfugiés sur son territoire. Des tracts distribués par milliers
dans Mexico dénoncèrent soudain « la piraterie des Juifs ». On s'étonna de cette
vogue soudaine du racisme dans le pays le moins fait pour l'acclimater et, au surplus,
l'un des plus vigoureusement antifascistes du monde. L'explication ne tarda pas à venir :
en 1939, le Mexique livrera au Reich pour 646 millions de francs de pétrole ; en se
rabattant sur la clientèle allemande, par la faute des démocraties qui laissent aux
compagnies pétrolifères le soin de régenter leur politique, le gouvernement mexicain a
dû subir le Diktat que le Reich tint à lui imposer, dans l'espoir de rapporter à un
thème d'inspiration allemande les diverses formes qu'emprunte au Mexique l'animosité
contre les Etats-Unis.
Enfin, comment expliquer que la campagne pour la restitution des colonies perdues ait
redoublé de vigueur Outre-Rhin, au moment même où la France se voyait offrir un partage
des zones d'influence ou d'expansion qui l'expulsât pour ainsi dire d'Europe en lui
laissant l'Afrique comme prime de consolation ? Au lendemain même de Munich, une
véritable Ecole d'administrateurs coloniaux était ouverte à Ladeburg. Le 29 octobre, le
général Von Epp, président de la Ligue coloniale allemande, déclarait que « le Reich
ne se laisserait pas imposer une date » et que les futures colonies allemandes feraient
« partie intégrante de la mère-patrie ». Le 3 novembre, l'Institut colonial de
Hambourg annonçait que ses cours porteraient notamment, pendant le premier semestre, sur
la situation des indigènes au Cameroun et sur les ports du Sud-Ouest et de l'Est
africains.
La signature de la Déclaration franco-allemande a-t-elle suffi à dissiper l'équivoque ?
Pour tout dire, la garantie mutuelle des frontières qu'elle stipule s'étend-elle aux
frontières coloniales ? Cette interprétation fut, dès le premier jour, démentie
officieusement à Berlin. Et c'est au moment même où M. de Ribbentrop quittait Paris que
le
Voelkischer beobachter fournissait cette exégèse nouvelle : « La Déclaration ne
garantit pas les frontières de l'Empire colonial français, mais bien plutôt les
frontières coloniales allemandes de 1914. »